Avec la crise sanitaire liée au Covid-19, la Pastorale de la santé du diocèse de Nice propose un espace d’écoute téléphonique provisoire. Il a pour but de répondre à toutes questions d’ordre spirituel ou religieux posées par des patients isolés, et aux questions des familles ne pouvant pas visiter leurs membres confinés en milieu hospitalier ou en EHPAD. Avec le diacre José Barale, délégué diocésain à la Pastorale de la santé, nous revenons sur cette initiative.

José Barale, quand a été mis en place le numéro Covid-19 dans le diocèse de Nice ?
Localement, ce numéro a été mis en place une dizaine de jours après le début du confinement, à la demande du service national. Tout est parti d’une rencontre entre le Président de la République et les représentant des cultes qui a conduit à lancer, pour chaque culte, un numéro national dédié à l’accompagnement spirituel. Ce numéro national a été diffusé dans les hôpitaux et dans les EHPAD. Certains établissements ont alors cru qu’il se substituait aux aumôneries et ne concernait, pour les aumôneries catholiques, que les demandes de sacrements. Face à cette confusion, il a fallu rappeler que ce numéro était destiné aux familles et à l’accompagnement spirituel. De plus, ici dans notre diocèse, un numéro d’urgence existe depuis plusieurs années sur la ville de Nice (06 78 16 72 01), géré par des bénévoles, pour des besoins de présence de prêtres, de sacrements dans les hôpitaux. Le numéro Covid-19 a été perçu comme une concurrence et a créé des incompréhensions. Là aussi il a fallu clarifier la situation.

Combien d’appels avez-vous reçus ?
Environ trente à ce jour (jeudi 7 mai). Avec, en moyenne, un appel reçu par jour, je n’ai pas eu à passer le relais aux deux autres personnes que j’avais sollicitées pour assurer la permanence téléphonique. Le principe est de prendre la demande des gens puis, pour les questions spirituelles, religieuses ou psychologiques, de les faire rappeler par une personne –prêtre, psy, responsables d’aumôneries d’hôpitaux– à même d’y répondre. Douze personnes se sont ainsi engagées. Il y a notamment des prêtres qui m’ont téléphoné après avoir entendu mon appel, relayé par le père Cyril Geley, vicaire général, ou des personnes qui, à la base, ne sont pas investies à la Pastorale de la santé. Je trouve ça bien.

Avez-vous joint souvent ces personnes ressources ?
Non, car j’ai pu répondre moi-même à la majorité des demandes, très factuelles, pratico-pratiques, au sujet d’une église fermée, de la reprise du culte, ou de la communion à domicile. Ce qui est positif c’est d’avoir pu répondre à beaucoup de personnes vivant dans d’autres départements. Elles ont contacté le numéro national qui les a renvoyées sur le numéro local, essentiellement pour un proche en EHPAD ou en hôpital, dans les Alpes-Maritimes, qu’elles n’arrivaient pas à joindre. Je pense à cette dame de Grenoble qui s’inquiétait d’une amie de 90 ans à la clinique Oxford à Cannes. J’ai alors appelé la personne qui assure la présence chrétienne dans cette clinique, elle a pu se mettre en relation avec les deux dames, et les apaiser en leur apportant à chacune des nouvelles de l’autre.

Quelles ont été les quelques demandes d’ordre spirituel ou religieux ?
Ce sont des personnes en détresse spirituelle qui avaient un besoin d’accompagnement. Une dame, par exemple, a exprimé un problème relationnel avec un ami vivant dans un autre pays. Elle souhaitait parler du pardon à un prêtre. J’ai pris son numéro de téléphone, j’ai contacté un prêtre qui a rappelé cette dame dans la journée. Et je sais que, depuis, ce prêtre l’a appelée deux ou trois fois.

Le numéro Covid-19 est provisoire, quand s’arrêtera-t-il de fonctionner ?
Certainement quand s’arrêtera le virus, je ne sais pas pour l’instant.

Et poursuivre une telle initiative, au-delà du Covid-19, est-ce envisageable ?
Peut-être que ce serait bon qu’il y ait, à l’avenir, un numéro pour le service beaucoup plus diffusé au niveau du diocèse. Mais cela voudrait dire alors des bénévoles pour y répondre. Un appel par jour, en étant confiné, je peux m’en occuper, cela ne sera plus possible une fois de retour à l’hôpital, et si les appels deviennent plus fréquents. Or, aujourd’hui le bénévolat va changer. Je pense que nos bénévoles, pour quelques mois, voire plus, ne seront pas autorisés à retourner sur le terrain, dans les lieux de mission, car beaucoup ont plus de 70 ans et présentent un risque accru de contracter le virus. On leur dit de prier à la maison, c’est important ce monastère invisible, mais peut-être que certains vont faire évoluer leur engagement : agir depuis leur domicile, au téléphone notamment. Je note une autre piste : parmi les appels reçus de gens éloignés, certains ont fait part de la culpabilité d’avoir mis leurs parents en EHPAD, un sentiment récurrent, mais exacerbé par l’interdiction des visites durant le confinement. Peut-être que nous avons un rôle à jouer sur ce point, aider les gens à accepter une réalité. Mais pour cela, il faut être formé à l’écoute.

Propos recueillis par Denis Jaubert