«Un dialogue de salut» (message du pape François)
«Une fois de plus, le Seigneur nous offre un temps favorable pour notre conversion.» (1)

Notre conversion est le fil rouge de toute notre vie de baptisé. C’est tout simplement vivre ce «dialogue de salut» que Dieu veut avec nous par l’accueil de son amour, dans la vérité de nos vies et dans leur transformation au gré des étapes. Ce dialogue dans notre aujourd’hui s’inscrit dans ce dialogue ouvert par Dieu avec les hommes, et qui culmine en Jésus Christ mort et ressuscité. Le Mystère pascal au cœur de la vie d’un baptisé est le creuset dans lequel sa vie prend forme et sens, mystère de vie et de mort.

Le temps de Carême va nous conduire à la grande veillée de la nuit de Pâques, où nous célébrerons le Christ vainqueur, à jamais, du péché, du mal et de la mort. Il nous entraîne aujourd’hui avec lui : «Ce mystère ne cesse de grandir en nous, dans la mesure où nous nous laissons entraîner par son dynamisme spirituel et y adhérons par une réponse libre et généreuse.» (2) Le temps de Carême vient chaque année conforter cela en nous, et nous appeler à renouveler ce « dialogue de salut » et notre réponse, qui tendent souvent à s’affadir.

Le pape François nous propose un point d’appui, fondamental qui en ouvre d’autres : la contemplation de la croix du Christ.

1- Il ne nous invite pas à un regard doloriste, mais à découvrir les «bras ouverts de Jésus», signes du salut pour tous et donc pour chacun de nous. Ils sont un appel. Là est notre place dans l’amour de Dieu, un amour incarné. Là Jésus nous appelle à communier à sa vie donnée pour rejoindre à notre tour «bras ouverts» la vie de tant de frères souffrants : ils sont la chair du Christ donné. Le contempler pour l’accueillir dans les frères.

2- «Crois en la miséricorde» nous dit le pape en nous invitant à nous approcher «pour confesser nos péchés».
La nuit de Pâques, nous renouvellerons nos engagements de baptême. Nous avons été plongés dans la mort et la résurrection avec le Christ.
Le sacrement de la réconciliation, comme un «second baptême» nous plonge sans cesse dans la grâce de notre baptême. Quelle invitation à reconnaître qu’entre les bras du Christ, la miséricorde du Père nous est donnée pour faire de nous des vivants avec le Christ. Il nous a libérés. À nous de vivre de cette dynamique de salut. La réconciliation est un sacrement d’espérance, c’est ce geste de Dieu aimant par-dessus tout et construisant avec moi la demeure de ma vie «Temple de l’Esprit» et m’invitant à l’habiter non comme un lieu banal, mais comme une œuvre de victoire commune du «dialogue de salut». Vivons ce sacrement.

3- Dans le face à face avec le «Seigneur crucifié et ressuscité», tout naturellement prend place le «dialogue du cœur à cœur, d’ami à ami» : la prière.
À la croix, les paroles de Jésus témoignent de ce dernier dialogue avec le Père «Tout est achevé». Notre vie prend son sens, son épaisseur, dans ce dialogue de la vie, dans ce dialogue d’amour, de reconnaissance, d’appel avec le Père par Jésus et dans la mouvance de l’Esprit. Notre vie trouve là son achèvement. Renouvelons notre dialogue dans la prière.

4- Temps du Carême, Temps du désert. Temps du décentrement de soi, ouverture à une Parole qui décape, qui fait craquer les carapaces d’égoïsme, d’enfermement, de possession… Le Crucifié nous tourne vers ceux qui portent des plaies de tous genres. Saurons-nous nous ouvrir au partage ? Saurons-nous poser des gestes de compassion, de solidarité, d’entraide ? Saurons-nous nous montrer proches et accueillants des blessés de la vie ? Saurons-nous aussi inventer, promouvoir des attitudes de conversion personnelle, familiale, communautaires, dans nos modes de vie et de consommation pour garder ce don du créateur qu’est la «Maison commune» pour tous ? L’encyclique Laudato Si’ est un lieu d’appel à la conversion de nos égoïsmes.
Partager est une œuvre de miséricorde, une œuvre du cœur. «Dieu a tant aimé le monde qu’Il a envoyé son Fils…»

Regarder le Crucifié, c’est être dans l’espérance du matin de Pâques.
«Il vit, le Christ, notre espérance. Il est la plus belle jeunesse de ce monde» (3)
Le matin de Pâques est un cri d’espérance.
«Tu as beau t’éloigner, le Ressuscité est là, t’appelant et t’attendant pour recommencer.» (4)
Le Carême est ce temps particulier d’appel de Celui qui nous attend «bras ouverts». Bonne Nouvelle d’Amour de Dieu pour tous. Ne soyons pas sourds en nos cœurs. Déjà tournés vers le matin de Pâques, en cette année qui, dans notre diocèse, est consacrée à l’Esprit Saint, n’oublions pas que de la croix, Jésus «souffla» l’Esprit sur le monde et tous les hommes.

Forts de ce souffle vivifiant, prenons la route.
Au pas de l’Esprit, belle marche vers Pâques.

+ André MARCEAU

(1) Message de Carême du Pape François
(2) Message de Carême du Pape François
(3) Exhortation «Il vit le Christ»
(4) Exhortation «Il vit le Christ»