Alors que les évêques de France travaillent actuellement (novembre 2021) à Lourdes sur le rapport de la CIASE, nous avons rencontré sœur Geneviève Pavy, xavière, membre de la cellule «Écoute Souffrance» qui, au nom de l’évêque, est chargée d’accueillir et écouter les personnes victimes d’agressions sexuelles de la part de responsables d’Église.

Sœur Geneviève Pavy, vous êtes membre de la cellule d’écoute depuis sa création. Comment travaille-t-elle?
La cellule existe depuis avril 2017. Elle est composée d’un magistrat en retraite, deux psychologues, une religieuse formée à l’accompagnement et lorsqu’elle se réunit le vicaire général et l’évêque sont présents.
La cellule d’écoute dispose essentiellement de deux sources d’informations. D’une part des personnes qui prennent contact avec l’évêché, soit par courrier, soit dans une démarche personnelle, pour exposer leur cas ou témoigner de faits dont elles ont été témoins. Par ailleurs, il y a une adresse courriel ecoute.souffrance@nice.catholique.fr pour laquelle nous faisons une veille permanente et qui permet aux personnes qui le souhaitent de déposer un message.
Lors de nos rencontres, la commission étudie chaque cas et propose un suivi qui peut être une proposition de rencontre par deux membres de la cellule afin d’écouter le récit d’une personne victime et l’orienter en fonction de sa demande, ou bien il s’agit de recevoir, toujours à deux, des personnes qui ont des doutes, se posent des questions et de diligenter une mini enquête pour vérifier les propos et approfondir la recherche. Dans certains cas, il s’agit de proposer à l’évêque de rencontrer l’auteur des faits, en général un prêtre, de manière à voir avec lui quelle démarche engager dans un domaine de soins, d’entreprendre une démarche en justice. Nous lui recommandons aussi de déclarer au procureur de la République ce qui nécessite de l’être et Mgr Marceau a toujours agi dans le sens de la transparence vis-à-vis des autorités judiciaires, dans le respect de la présomption d’innocence. Notre objectif est de traiter toutes les demandes en privilégiant la rencontre et l’écoute des personnes victimes, ce qui est le rôle principal de la cellule d’écoute.

 Le rapport de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église vient d’être dévoilé. Qu’en retenez-vous?
En ce qui concerne le rapport de la CIASE, bien sûr, ce qui marque en premier ce sont les chiffres avancés, mais je retiens surtout le sérieux du travail de cette commission et la qualité du rapport fourni. J’apprécie que la place des personnes victimes soit prépondérante et que les témoignages cités aident à prendre conscience de leur souffrance et de la gravité des situations qui n’auraient jamais dû exister. J’ose aussi croire qu’un tel rapport, qui donne une image assez désastreuse de l’Église mais manifeste aussi son désir aujourd’hui de faire la vérité, soit un encouragement pour mettre un frein à ces pratiques ailleurs que dans l’Église.

 Le contenu de ce rapport et l’Assemblée plénière des évêques de France, qui se déroule ce début novembre, vont-ils modifier le travail de la cellule d’écoute du diocèse?
La dernière partie du rapport présente 45 recommandations dont quelques-unes concernent les cellules d’écoute. Les évêques, lors de l’Assemblée, vont sans doute mettre l’accent sur certains points et donner des priorités qui vont nous amener à améliorer le fonctionnement de la cellule d’écoute, en particulier en termes de mutualisation avec d’autres cellules, en termes d’information et de travail de prévention, en termes d’inventaire et de mise en commun des ressources. Il nous faudra peut-être aussi revoir la composition de la cellule d’écoute et un nouveau mode de relations avec notre évêque.

Propos recueillis par Mélanie Raynal