Dimanche 25 juin 2023, en la basilique Notre-Dame à Nice, Aimé Lasme a été ordonné diacre permanent par Mgr Jean-Philippe Nault. L’évêque l’a nommé au service de la paroisse Notre-Dame-de-l’Assomption et au service diocésain de la Pastorale des migrants. Cet ingénieur en informatique avait été admis parmi les candidats au diaconat permanent en 2021 par Mgr Marceau, puis institué lecteur et acolyte en 2022. Marié à Rita depuis 2004, ils sont parents de Jean-Michel, 15 ans, et Immaculée, 11 ans.

diacre permanent

Sur l’avenue Jean Médecin, à Nice, devant la basilique Notre-Dame.

Il y a cette parole du Livre de Néhémie (8, 10): «Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu! Ne vous affligez pas: la joie du Seigneur est votre rempart!» Un premier pilier pour Aimé Lasme. Comme une carte d’identité. «Il nous est dit de partager avec les autres, sans calcul. Et de rendre ce service avec toute cette joie-là. C’est tout moi! Spontanément, s’il y a quelque chose que je peux faire, je le fais.»

Et cette autre parole, de l’Évangile selon saint Matthieu: «La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.» (Mt 9, 37). Un verset que le nouveau diacre aime beaucoup, notamment grâce à un chant qu’il entonne lors de notre rencontre. «La moisson du Seigneur abonde, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez, Yahvé, d’envoyer des ouvriers, à sa moisson…» Un écho à sa propre vocation. «Je quitte mon Afrique, enfant, je viens là, et le Seigneur fait de moi un ouvrier de sa moisson pour porter d’autres personnes. Jamais je n’aurai pensé que je serais là aujourd’hui, diacre dans cette paroisse, à rendre service à des gens. C’est une vraie joie pour moi de savoir que le Seigneur m’a établi comme étant son serviteur. Il m’a choisi!» Après un long chemin…

De l’Afrique à l’Europe…
… de la Côte-d’Ivoire à la France, d’Abidjan-Treichville, où Aimé naît le 13 septembre 1976 -dans «une belle famille catho, très croyante, très engagée, une mère commerçante et un père gendarme qui ont tout mis en œuvre pour l’éducation de leurs enfants», dixième enfant d’une fratrie de douze, le dernier des sept garçons, «tous baptisés, confirmés, pratiquants»- à Strasbourg, qu’il rejoint à l’âge de 13 ans. Avant de venir seul dans les Alpes-Maritimes, à Sophia Antipolis pour ses études en informatique; puis le travail, la fondation d’une famille et l’emménagement à Nice en 2004, l’engagement avec son épouse, pas à pas, dans leur nouvelle paroisse, à la basilique Notre-Dame.

En 2015, le père Jean-Louis Giordan, curé, pose à Aimé la question du diaconat permanent. «Il me dit: ‘Vous réussissez à rassembler les gens quand vous êtes quelque part. Vous savez rendre service aux gens, et les gens sont heureux’.» Aimé répond qu’il n’a pas le temps, entre un travail qui le fait voyager, les enfants. Mais un rendez-vous est fixé pour une rencontre de présentation avec des membres du Conseil diocésain du diaconat permanent, les diacres José Barale, Jean-Patrick Dufetel et Alain Domken. «Moi, je n’avais aucune envie d’être là-bas.» Aussi, son étonnement est grand quand un courriel lui annonce qu’il est retenu pour l’année de propédeutique; une année pour découvrir, avec son épouse, le ministère et se poser la question d’entrer en formation.

Septembre 2015. «J’y vais. Et je découvre quelque chose de merveilleux, je rencontre des gens merveilleux.» Des personnes appelées, elles aussi, au diaconat permanent. Aimé commence la formation, sans conviction, avant le déclic à la suite d’un AVC, un accident vasculaire cérébral, le 23 avril 2018. Et cette prière à l’hôpital. «Assez violente. J’étais en colère contre Dieu.» Aimé dit au Seigneur que toute sa vie il l’a servi avec joie, qu’il ne veut pas le servir dans l’état où il se trouve. Il se rétablit. «Dieu a entendu ma prière. Il nous connaît, chacun. Hier (dimanche 19 novembre 2023, ndlr), on parlait des talents à la messe. Il a déposé en nous des choses. Je pense qu’il attendait cette réaction de moi pour me dire que j’étais prêt maintenant.» Prêt à répondre à son appel. Pour l’y aider, un nouveau travail va donner à Aimé ce qu’il recherchait: plus de liberté dans son agenda, plus de présence auprès de sa famille.

«Aujourd’hui, je peux dire que je suis à ma place»
«Comment comprendre qu’un enfant de six ans n’aime chanter que des chansons de Dieu? Qu’un enfant de dix ans ait envie de faire le chapelet plutôt que d’aller jouer au foot, comme ses amis, le dimanche après-midi? Et arrive même à les convaincre de venir prier à l’heure du chapelet chez sa mamie? Comment comprendre que, en arrivant dans sa nouvelle paroisse, un adulte voie un truc qui le choque et propose de changer les choses?… Aujourd’hui, je comprends toute ma vie. Je sais que ça va être encore long, difficile, avec des moments où je n’aurai pas cette même envie qu’aujourd’hui. Mais ça fait partie de ce que le Seigneur nous donne pour avancer.»

Depuis l’ordination, il l’exprime dans un grand sourire, quelque chose a changé. «J’étais heureux, je le suis encore plus maintenant! Je prépare et je fais des homélies, je participe à des baptêmes, cérémonies funéraires, mariages…» Sans fatigue. «Avant, je sentais le poids. Le Seigneur a peut-être permis qu’il y ait un équilibre entre mon travail et le travail pour lequel il m’a appelé. Et je pense avoir gagné en confiance pour parler de Dieu en ne disant pas d’hérésie, de contresens. Le Seigneur m’a fait cette grâce. Ce don-là, c’est pour que je puisse aller vers mes frères, donc je me sens bien dans cette mission au sein de la paroisse.»

Ainsi que dans la mission à la Pastorale des migrants. Il connaît depuis plusieurs années le diacre Philippe Collet, co-délégué diocésain avec le diacre Claude Seguin, et avait déjà été sollicité pour participer à ce service. «Mais je n’avais pas le temps. Aujourd’hui… mystère. Le Seigneur me ramène là où j’ai tant fuiRassembler, aller à la rencontre des personnes issues de la migration dans les différentes paroisses.

Joie du partage
Aimé poursuit sa formation au diaconat. «J’ai encore besoin de savoir des choses. Avec le Covid, on a eu une, voire deux années de flottement, on n’a pas pu avoir de cours. L’évêque a accepté que je continue ma formation pendant deux ans.» Surtout, il continue de chanter. Une joie qui l’accompagne depuis son enfance dans la paroisse Sainte-Bernadette-de-Marcory où il a été choriste au milieu des adultes. «Petit à petit, j’ai commencé à découvrir vraiment l’Église, les temps de la liturgie. La messe elle-même, je l’ai apprise là.»

Plus tard, plus loin, en 2007 au sein de la basilique niçoise, il a monté une chorale, le «Chœur vivant du monde» (CVM). Chanter, louer, ou réciter le chapelet, a toujours rythmé son quotidien… «Moi, je suis joyeux! J’ai toujours eu le goût de partager ce moment de prière avec les gens. Ça me donne de la joie de voir quelqu’un dont le regard est transformé parce qu’il a découvert quelque chose dans la foi. Parce qu’il a trouvé quelque chose dans le moment qu’il vient de passer. Parce qu’il a été touché par ce qui a été dit. C’est là que je trouve ma joie.»

Denis Jaubert

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Messe la Toussaint 2023 en la basilique Notre-Dame.
Aimé Lasme, à gauche de l’autel, accompagne le père Ahmed Winzeo Somé
et le chanoine Jean Ferrier (photo Pascal Cuttoli)
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