Ce dimanche 3 mai, le diocèse de Nice fête le 321e anniversaire de la consécration de la cathédrale Sainte Réparate. Mgr André Marceau y célèbrera la messe à 10h30, en direct sur Facebook Catholiques des Alpes-Maritimes.

Bref historique de la cathédrale Sainte Réparate

Chef d’œuvre de l’art baroque, la cathédrale Sainte-Réparate domine depuis le XVIIe siècle le centre historique de la cité niçoise. Primitivement établie sur la colline du château sous le vocable de sainte Marie, un nouvel édifice est construit dans la ville basse sur l’emplacement d’une chapelle dédiée à sainte Réparate, vierge et martyre. Cette translation du siège épiscopal est attestée vers 1590 et marque le début d’un vaste chantier de reconstruction de la cathédrale dans l’esprit du mouvement baroque.

Après avoir abandonné le projet d’un édifice modeste lié à l’agrandissement de la chapelle Sainte-Réparate, la construction de la nouvelle cathédrale suit un plan beaucoup plus ambitieux à partir de 1649 sous l’impulsion de l’architecte niçois Jean-André Guibert. L’édifice répond désormais aux normes de la révolution esthétique baroque insufflées par le concile de Trente. Il faut donc détruire pour reconstruire. Cinquante années de chantier sont nécessaires pour achever l’église et la consacrer solennellement le 3 mai 1699. Au cours du siècle suivant, la cathédrale s’enrichit d’œuvres d’art (transept et nefs latérales) ainsi que d’une tour-clocher élevée à partir des pierres de l’ancienne cathédrale du château entre 1755 et 1757. Elle devient alors l’édifice le plus vaste de la ville de Nice et son rayonnement, tant spirituel que temporel, marque durablement la conscience des Niçois. La façade, construite entre 1825 et 1830, marque l’achèvement de l’édifice selon l’esprit post-tridentin.

En 1899, deux cents ans après sa consécration au culte, la République met en place un chantier de restauration et d’agrandissement avec l’ajout des absidioles latérales du chœur. Autre faveur, le Saint-Siège élève la cathédrale au rang de basilique mineure en 1949. La dernière campagne de restauration et de mise en valeur (2008-2015) menée par les services de l’État a redonné à l’édifice toute la splendeur des origines.

Gilles Bouis,
Délégué épiscopal à l’Art sacré

Hymne de la Dédicace

composé par le Chanoine Bernard Navarre
à l’occasion de la messe du tricentenaire de la Consécration de la Cathédrale le 2 Mai 1999

Voici la maison du Seigneur
unissant le ciel et la terre
lieu de rencontre et de prières
voici la maison du Seigneur

Mon cœur bondit de joie devant le Dieu vivant
j’ai désiré intensément franchir le seuil de sa maison.

Ainsi que l’oisillon qui a trouvé son nid
Seigneur mon Dieu compatissant, je me blottis tout contre Toi

Heureux est le fidèle qui vit dans ta maison
ne cessant pas de te chanter, heureux est-il, tu es sa vie.

Tu es un vrai rempart toi Seigneur notre Père
tu nous défends contre tout mal, tu nous détournes du péché.

La Dédicace d’une église

Le calendrier liturgique mentionne que l’Église célèbre à telle date la dédicace d’une cathédrale ou d’une basilique. C’est le cas sur notre calendrier diocésain qui nous invite, chaque année, le 4 mai, à fêter la Dédicace de la Cathédrale Ste Réparate. De quoi s’agit-il ?

Dans le langage courant, le mot « dédicace » (en latin dedicatio = inauguration, consécration) signifie la signature souvent accompagnée d’un petit mot d’un auteur à l’occasion de la sortie d’un ouvrage ; ou encore de la signature sur une photo d’un personnage important.

Dans le vocabulaire liturgique, la dédicace signifie soit la consécration d’une église, soit l’anniversaire de cette consécration. Pour reprendre l’exemple de la cathédrale Ste Réparate, sa dédicace (sa consécration) a eu lieu le 3 mai 1699 ; ce jour-là, l’évêque, Mgr Henri Provana de Leyni a consacré les murs de l’édifice. Et, chaque année, le 4 mai (le 3 mai étant la fête des Saints Apôtres Philippe et Jacques le Mineur), le diocèse de Nice fête la dédicace de la cathédrale, autrement dit l’anniversaire de sa consécration.

Ces dernières années, quelques dédicaces ont été célébrées dans notre diocèse : l’église Saint Paul des Nations à Sophia-Antipolis, l’église Notre-Dame du Liban à Mandelieu, etc. Parfois des dédicaces d’églises plus anciennes qui n’avaient jamais été consacrées : l’église du Sacré-Cœur à Cannes, l’église Ste Jeanne d’Arc à Menton, etc. Hormis la cathédrale, les anniversaires de dédicace des autres églises sont plus rarement célébrés. Il arrive qu’on ne connaisse même pas la date de la consécration d’une église. Comme la liturgie est intelligente, elle a prévu dans son calendrier de célébrer la Dédicace des églises dont on ignore la date de consécration le 25 octobre ou le dimanche qui suit.

Pourquoi une telle importance donnée à la dédicace d’une église, particulièrement d’une cathédrale ? Et à la célébration de son anniversaire ? Cette pratique de la dédicace ne date pas d’hier. Elle nous vient tout droit de l’Ancien Testament. C’est ainsi que, dans le 1er livre des Rois (raconté à nouveau dans le 2ème livre des Chroniques), « le roi Salomon et tous les fils d’Israël firent la dédicace de la maison du Seigneur » (cf. 1 R 8, 62). Après le retour d’exil à Babylone et la reconstruction du Temple de Jérusalem, au temps du prêtre Esdras, « les fils d’Israël, les prêtres, les lévites et le reste des rapatriés célébrèrent dans la joie la dédicace de cette Maison de Dieu » (cf. Esd 6, 16). De même, après la profanation du temple par le roi grec Antiocos IV, au IIe siècle avant J-C, « on fit la dédicace de l’autel au chant des hymnes, au son des cithares, des harpes et des cymbales. C’était juste l’anniversaire du jour où les païens l’avaient profané » (cf. 1 M 4, 54). C’est d’ailleurs cette fête de la Dédicace du Temple que l’on célèbre encore au temps de Jésus puisque St Jean, dans son Évangile, écrit : « Alors arriva la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon » (cf. Jn 10, 22-23).

L’Église a donc gardé cette heureuse habitude de consacrer ses lieux de culte. Elle le fait selon un rituel précis pour signifier que le lieu consacré et placé sous le patronage d’un saint (ou plus rarement dédié à un événement particulier de la vie du Christ, à la Sainte Trinité, au Saint-Esprit, etc.) est destiné exclusivement au culte chrétien et donc à la liturgie sous toutes ses formes, et aussi à la prière personnelle des fidèles. « Quand les prêtres sortirent du sanctuaire, la nuée remplit la maison du Seigneur… la gloire du Seigneur remplissait la maison du Seigneur ! » (cf. 1 R 8, 10.11b). Pour signifier cette Présence du Seigneur dans l’église consacrée, Dieu prenant Lui-même possession du lieu, l’évêque marque avec l’huile du saint-chrême les 12 croix peintes, en relief ou sculptées, réparties sur les murs ou les piliers de l’église représentant les 12 Apôtres. Une lumière éclairant chacune des croix. Ces lumières sont rallumées chaque année pour l’anniversaire de la dédicace.

Pour les grandes églises importantes de la ville de Rome, la célébration de l’anniversaire de la dédicace est étendue à l’Église universelle pour manifester l’unité entre le Siège de Pierre et les autres Églises du monde. C’est ainsi que nous célébrons la dédicace des basiliques Ste Marie-Majeure (5 août), St Pierre du Vatican et St Paul-hors-les-murs (18 novembre) ; et de manière plus solennelle, puisque parfois célébrée un dimanche, la dédicace de la cathédrale St Jean de Latran, siège de l’évêque de Rome (9 novembre). C’est la Cathédrale des cathédrales dont l’anniversaire célébré dans le monde entier signifie l’unité de toutes les Églises avec l’Église de Rome.

Célébrer la fête de la dédicace d’une cathédrale, c’est rappeler qu’elle est l’église-mère d’un diocèse puisque, comme son nom l’indique, il y a la cathèdre, c’est-à-dire le siège de l’évêque. Il ne s’agit pas d’avoir une dévotion pour un fauteuil, si beau soit-il, ni même pour un évêque, si imposant soit-il. Il s’agit d’avoir toujours à l’esprit qu’aucune célébration liturgique dans telle ou telle église paroissiale, basilique, chapelle ou oratoire, n’a lieu sans que soit marqué le lien avec celui qui est le pasteur d’un diocèse, l’évêque. C’est pour cette raison que l’on prie pour lui à chaque messe comme l’on prie pour le pape.

Finalement, pourquoi célébrer l’anniversaire d’une église ou même d’une cathédrale ? Ne vaut-il pas mieux célébrer l’anniversaire de personnes comme on célèbre les anniversaires de naissances, de mariages, etc. ? La fête de la dédicace d’une église rappelle certes le jour de sa consécration au Seigneur. Elle n’est pas sans lien avec le Peuple de Dieu qui s’y rassemble, particulièrement à la cathédrale autour de l’évêque, pour la prière liturgique communautaire car c’est là sa première raison d’être : le rassemblement. Les baptisés sont convoqués par le Seigneur, selon la signification du mot « église » (ecclesia), pour faire corps avec le Seigneur Jésus qui est la Tête de l’Église et célébrer son eucharistie. Le Christ, dont saint Pierre dit : « il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu » (cf. 1 P 2, 4). Quant à nous, membres du Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit Saint, saint Pierre nous rappelle notre vocation : « Comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ » (cf. 1 P 2, 5). Célébrer l’anniversaire de la consécration d’une église, c’est donc nous renvoyer à notre propre baptême qui nous a consacrés par l’huile du saint-chrême nous faisant « participer à la dignité du Christ prêtre, prophète et roi » (cf. Rituel du Baptême des petits enfants n°101).

« Voici la maison du Seigneur unissant le ciel et la terre » nous fait chanter ce cantique de la Dédicace composé par l’abbé Bernard Navarre. Que la célébration de la Dédicace de la Cathédrale Ste Réparate nous rejoigne, cette année, dans ce temps de confinement et nous fasse prendre ou reprendre conscience nous sommes le Corps ecclésial du Christ.

Abbé Jean-Paul Filippi,
Délégué diocésain PLS

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