Depuis le 11 janvier 2021, Karine Dziwulski est la nouvelle déléguée départementale du Secours catholique des Alpes-Maritimes. C’est avec enthousiasme qu’elle a intégré l’association. Quatre mois plus tard, lundi 10 mai, nous sommes allés à sa rencontre dans les locaux du siège, avenue Durante à Nice. L’occasion d’évoquer son parcours, les premiers pas dans sa nouvelle mission, les projets en cours et à venir.

«J’en savais peu en fait.» Au moment de répondre à l’offre d’emploi, Karine Dziwulski connaissait surtout le Secours catholique par ses actions, elle qui avait travaillé en collectivité territoriale, dans le monde associatif et en institution publique. «J’ai toujours travaillé dans l’action sociale, notamment dans une Caisse d’allocations familiales, la CAF des Bouches-du-Rhône, avant de venir ici, et effectivement le Secours catholique était un des partenaires pour des projets.» De son expérience professionnelle, elle tire un fil rouge, celui «de porter une attention aux territoires et aux personnes» et dresse un constat. «J’ai toujours trouvé que le monde associatif est beaucoup plus proche des problématiques du terrain, et que, quand on est en institution, malheureusement, on s’éloigne un peu de ces réalités. Je n’y trouvais plus mon compte: il y avait trop de trous dans la raquette par rapport à la prise en charge de la pauvreté. En institution, on peut voir les choses très froidement: on a des chiffres, on analyse, on fait de l’accès aux droits, le RSA (Revenu de solidarité active, ndlr)… Mais ça ne dit rien des conditions de vie des personnes, et c’est ça qui m’importait, de pouvoir se dire “mais finalement être au RSA, c’est quoi aujourd’hui en France? C’est quoi être dans une logique de subsistance au quotidien ?” J’avais besoin de retrouver cette réalité du terrain pour être au plus près des besoins.»

Quand elle a candidaté, Karine Dziwulski s’est intéressée plus finement au Secours catholique. «Je me suis aperçu que son approche et surtout ses valeurs me correspondaient bien plus. C’est ce qui m’a poussée à postuler.» Elle fait référence aux valeurs de solidarité, au “faire avec”. «Quand on travaille sur des dispositifs liés à la pauvreté, à la précarité, on travaille pour, mais surtout avec les personnes accueillies.» Une solidarité qui, pour cette mère de deux enfants, âgée de cinquante ans, remonte à son enfance en région parisienne. «J’ai vécu dans une famille multiculturelle, l’interreligieux fait partie de ma vie. J’ai un père catholique, originaire de Pologne, et une mère juive avec un socle familial très fort. Toute mon enfance, j’ai vécu cette solidarité familiale, c’est-à-dire que jamais nous n’étions seuls. Et d’un autre côté, il y avait la communauté polonaise à Paris, très forte aussi, portée par l’Église. Donc ma maison était celle où l’on recevait des personnes en attendant qu’elles puissent s’insérer. Et c’est tellement confortable de se dire que, dans la vie, on n’est jamais seul, qu’on a toujours un socle sur lequel s’appuyer.» À ses yeux, la solitude est la maladie d’aujourd’hui, notamment dans les villes. «On sent que les gens sont seuls. Et la Covid l’a révélé. Ce qui me meut dans ma vie, c’est comment fait-on pour développer cette solidarité au quotidien? Comment fait-on pour développer ce collectif et cet esprit solidaire à tout moment de notre vie?»

Karine Dziwulski est arrivée au Secours catholique dans une période singulière avec le contexte sanitaire lié au Covid-19 et ses implications sur la vie de la délégation, une équipe d’animation en renouvellement, «et toujours en renouvellement», d’importants travaux de rénovation de l’accueil de jour de Nice, ou encore la mobilisation auprès des victimes de la tempête Alex dans les vallées… Pour autant, prendre ses marques n’a pas été compliqué. En quatre mois, elle a pu rencontrer presque toutes les équipes, au nombre d’une trentaine au sein de la délégation des Alpes-Maritimes. Elle se fixe de retourner les voir régulièrement «pour mieux saisir leur fonctionnement sur le terrain, les soutenir dans leur action, faire émerger des projets auxquels elles pensent, en assurer la faisabilité. L’action des bénévoles, c’est celle qui est la plus importante. Je pense qu’il ne faut jamais perdre ce contact. C’est aussi une grande source de ressourcement. C’est ce que j’ai découvert et que je partage avec d’autres délégués: aller à la rencontre des bénévoles redonne vraiment le sens de ce qu’on fait, et de toute cette énergie au service des personnes les plus pauvres sur les territoires.» Si la délégation compte environ cinq-cents bénévoles, certains se sont mis en retrait en raison de la situation sanitaire, notamment les plus âgés. «On commence à les voir revenir. Ils sont contents quand on les sollicite à nouveau. La vaccination a apporté plus de sérénité. On sent une certaine effervescence.»

Être déléguée départementale du Secours catholique des Alpes-Maritimes implique la gestion d’une délégation avec tout ce que ça comporte. «La mission globale reste quand même la lutte contre la pauvreté, la précarité. Et ça, il ne faut pas l’oublier. On œuvre pour ça. Quand on fait de la gestion RH (Ressources humaines, ndlr), de la gestion du budget, ce qui sous-tend cette action, c’est quand même notre mission auprès des plus précaires.» Pour assurer cette mission, si elle met en avant les bénévoles, Karine Dziwulski se réjouit aussi d’être avec une équipe salariée et des administrateurs engagés. «Cela m’a permis d’entrer très facilement dans mon boulot. L’équipe n’hésite pas à mettre les bouchées doubles quand il y a besoin. C’est vrai qu’on assure depuis quelques temps des suppléances sur des territoires dépourvus. Mais ça ne permet pas d’avancer, de se projeter, ça permet juste de gérer le quotidien.» Au 10 mai, deux des cinq postes d’animateur de territoire, Nice et Montagne, étaient à pourvoir. «Ce n’est pas toujours facile compte tenu, je pense, de la localisation géographique et du prix de l’immobilier.» La déléguée a un rôle d’animation de l’équipe salariée, et du bureau avec son président, Jean-Luc Nani. Un bureau local dont elle fait partie, de même que deux vice-trésoriers, Xavier Portier et Geneviève Imbert-Bouchard et l’aumônier, le père Jean-Louis Gazzaniga.

La relation partenariale est aussi au cœur du travail de la déléguée départementale. «Je m’attache à développer, ou plutôt réactiver, certains partenariats. On n’est pas seuls, on ne vit pas pour nous-mêmes. Ce qui est intéressant, c’est de se poser les bonnes questions, de se demander comment on pourrait faire au mieux pour toucher les plus précaires. Et pour ça les partenariats, qu’ils soient institutionnels ou associatifs, notre complémentarité d’action, sont importants. Si, par exemple, à l’accueil de jour on fait de l’accompagnement avec de l’accès aux droits, ça peut être intéressant de travailler la question du numérique avec des associations pour faciliter cet accès aux droits.» Karine Dziwulski se donne notamment comme priorité de rencontrer les partenaires diocésains. «C’est un point important que je souligne auprès des animateurs. L’Église est avant tout notre premier partenaire.» Elle a pu parler, lors de sa rencontre avec l’évêque de Nice, Mgr Marceau, du fait de croiser les actions. «Au sein des paroisses, il y a beaucoup de choses qui se font. Il y a certainement des complémentarités et des synergies à mettre en marche. Donc, le travail des animateurs, c’est aussi aller à la rencontre des paroisses. Moi, je commence, je viens de débuter cette exploration sur le terrain.»

Dans son rôle de déléguée, elle note un autre aspect essentiel, celui de porter, avec le bureau, les plaidoyers. «Les équipes bénévoles et les animateurs permettent de faire remonter des problématiques du terrain. Ça nous éveille, et on peut interpeler les pouvoirs publics sur ces questions-là.» Ainsi, les Alpes-Maritimes comme terre de migration est une question qu’elle souhaite relancer. Elle pointe aussi la question du logement, celle des dispositifs locaux. «Quand on a des demandes de paiement d’impayés de loyer et qu’on voit que systématiquement les dossiers sont refusés au Fonds de solidarité pour le logement (FSL), ça peut questionner sur la pertinence du règlement intérieur du FSL porté par le département ou la métropole. Ou, si l’on nous demande de payer sur une commune la cantine, est-ce qu’il ne serait pas légitime de demander pourquoi la commune n’a pas de tarifs sociaux pour les plus démunis? On est dans ce rôle-là, aussi, de porter des choses pour les plus démunis.» De plus, la déléguée veille avec grand intérêt sur le lien entre le Secours catholique et les établissements scolaires. «Semer des graines pour dire ce qu’est aujourd’hui l’engagement, la fraternité, c’est vraiment un axe que je souhaiterais développer sur les territoires. Il faut éveiller les plus jeunes à cet esprit de solidarité, leur montrer qu’on peut être au service des plus précaires en s’engageant au sein d’une association comme le Secours catholique.»

Un chantier d’importance attend l’association dans les Alpes-Maritimes: construire son nouveau projet de délégation pour la fin de l’année. Le projet en cours, démarré en 2016, arrive à échéance. Le futur projet local devra être en accord avec le projet national ainsi que tenir compte des spécificités du département, ses réalités sociales et économiques, et des changements causés par la Covid. «Cet évènement a bouleversé et notre fonctionnement, et le paysage des pauvretés. On voit des personnes qu’on ne voyait pas avant. La demande alimentaire qu’il y a aujourd’hui à tous les niveaux, ça questionne sur, finalement, qu’est-ce que le quotidien de beaucoup de personnes? On est clairement dans une logique de subsistance.» L’élaboration du projet de délégation est envisagée de manière consultative par le bureau et les salariés. Une méthodologie est en cours de définition. «Le travail du précédent projet avait été extrêmement bien fait, il y avait eu une consultation la plus exhaustive possible. Ç’a été un énorme travail que je salue. Je pense qu’on ne pouvait pas être plus près des réalités du terrain.» Dans le contexte actuel, une forme allégée de consultation sera certainement retenue, sans omettre l’essentiel. «Le travail sera fait par les équipes bénévoles, pour porter aussi la voix des accueillis.» En outre, le projet de délégation ne devra pas négliger la dimension spirituelle. N’oublions pas que le Secours Catholique est un service de l’Église catholique. «Il faut donc veiller à garantir cet aspect-là au sein de notre action. Je pense que ça fait vraiment partie du rôle de délégué et de l’ensemble du bureau. Les encycliques du pape sont à cet égard, pour moi en tout cas, assez importantes. Elles sont très parlantes, elles sont dans notre temps. Je trouve qu’elles posent vraiment bien les choses aujourd’hui.»

La nouvelle déléguée départementale du Secours catholique des Alpes-Maritimes habite à Cannes, dans un quartier multiculturel, celui du Prado. «L église du Prado rythme la vie du quartier. Je trouve qu’elle a un rôle très important, indépendamment du côté spirituel. Elle apporte du soutien. Je vois tous les enfants qui vont au soutien scolaire, c’est un lieu de vie. Et je trouve que, quand l’Église est ouverte sur son quartier, c’est extraordinaire. Il y a cet aspect, qu’on retrouve au Secours catholique, du multiculturalisme et de la spiritualité partagée; et l’importance de cet ancrage territorial de la paroisse, pour moi, c’est une des choses les plus importantes aujourd’hui.» À la question sur son lien à l’Église catholique, à la foi en Jésus-Christ, Karine Dziwulski répond par l’affection particulière qu’elle a pour ce qui est porté par l’Église, notamment cette solidarité. «Ma connaissance de l’Église n’est pas très développée. Elle est surtout liée à ce que j’ai connu et ce que je connais encore au sein de l’Église catholique polonaise à Paris, qui m’a apporté cette confiance dans la solidarité. Finalement, venir travailler au Secours catholique, c’est peut-être me dire que j’agis dans la continuité de ce que j’ai connu, c’est-à-dire d’apporter du soutien aux personnes qui en ont besoin. J’ai une foi qui est très personnelle, c’est important, même si je n’ai pas été amenée vers tel ou tel chemin, peut-être que je le ferai. Aujourd’hui, je me dis que ça m’appartient.»

Denis Jaubert

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