Dimanche 13 juin 2021 après-midi, Mgr André Marceau, évêque de Nice, s’est rendu à la grande synagogue de Nice, invité par Maurice Niddam, président du Consistoire israélite de Nice et Franck Daniel Teboul, grand rabbin de Nice et région. Une cérémonie reconnaissante sur les années de collaboration entre juifs et catholiques dans les Alpes-Maritimes, placée sous le signe de la fraternité.

Grande synagogue de Nice

Dans le Hekhal de la grande synagogue de Nice, de gauche à droite: le grand rabbin régional M. Franck Daniel Teboul; le vicaire général, l’abbé Cyril Geley; le cantor de la grande synagogue de Nice, Mickaël Guedj; l’évêque de Nice, Monseigneur André Marceau; le délégué diocésain pour les relations avec le judaïsme, le chanoine Philippe Asso; le président du Consistoire israélite de Nice, M. Maurice Niddam.

Mgr Marceau, accompagné du père Cyril Geley, vicaire général, a été officiellement reçu à la grande synagogue de Nice pour une cérémonie fraternelle à la fin de l’épiscopat de l’évêque de Nice. Une cérémonie orchestrée par le chanoine Philippe Asso, coordinateur du pôle «Dialogue avec le Monde» et délégué diocésain pour les relations avec le judaïsme. Elle manifestait la réalité des relations entre institutions juives et catholiques.

Les discours, emprunts de bienveillance, étaient entrecoupés d’interventions musicales du cantor de la grande synagogue de Nice Mickaël Guedj. Le rabbin régional Franck Daniel Teboul a démarré sur un message de paix. Dans l’héritage d’Abraham, il a commenté le commandement “tu aimeras ton prochain comme toi-même”, dans le sens : tu aimeras ton prochain qui n’est pas comme toi-même. Aussi, il est important de «se tendre la main les uns les autres pour mieux se connaître».
Maurice Niddam, président du Consistoire israélite de Nice, a rappelé les liens étroits partagés avec Mgr Marceau, à l’image des relations entre juifs et catholiques dans les Alpes-Maritimes. «Revenir à l’humilité de la foi est, pour un nombre croissant de nos compatriotes, explique-t-il, une urgence […] Nous sommes parvenus à un point de l’histoire où chrétiens et juifs, parce qu’ils partagent l’Ancien Testament, les prophètes, les hagiographes, sont plus proches qu’ils ne l’ont été depuis longtemps. Ils ont notamment la charge d’assumer davantage encore l’universalisation de la foi en un seul Dieu.»

Moi, je viendrai rassembler toutes les nations et toutes les langues, et elles viendront voir ma gloire. (Isaïe 66, 18)

L’intervention de Mgr Marceau, citant le prophète Isaïe, était axée sur l’espérance de la fraternité universelle. Il a d’abord évoqué les relations entre juifs et catholiques, rappelant comment le «Réseau Marcel» a sauvé 527 enfants juifs de la déportation et de la mort, avec l’aide de Monseigneur Paul Rémond, Juste parmi les Nations. «Parce que nos racines sont communes, parce qu’il n’y a pas de religions plus proches que les nôtres, il nous revient de bâtir aujourd’hui cette fraternité espérée, en commençant par nous, juifs et chrétiens. Sur ce terrain de nos relations, beaucoup reste à faire […] Mais beaucoup a été accompli!». L’évêque de Nice a ensuite insisté sur la lutte contre l’antijudaïsme et l’antisémitisme. En vivant mémorial, il a égrainé les noms des victimes d’assassinats antisémites de ces deux dernières décennies. «Guérir de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme est le fondement indispensable d’une véritable fraternité universelle, à commencer par chez nous, en France. Cette guérison est un chemin exigeant dans lequel tous les humains doivent s’entraider […] Solennellement, je demande donc à tous les catholiques, fidèles laïcs, diacres et prêtres, de lutter dans leurs propres rangs contre l’antijudaïsme. J’exhorte tous nos concitoyens des Alpes-Maritimes à contrecarrer, au quotidien, les discours et les actes antisémites. J’invite tous les responsables dans la Cité à la plus grande intransigeance en ce domaine. En effet, selon le titre de la récente déclaration du Conseil permanent des évêques de France (1er février 2021): ‘Lutter ensemble contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme sera la pierre de touche de toute fraternité réelle’.»
Mgr Marceau a terminé ses propos en les élargissant à un appel au service de l’Homme et de la Création. «Séparément et ensemble, Juifs et catholiques, tâchons de défendre et promouvoir la dignité de tous les êtres humains, en particulier des plus pauvres et des exclus. Luttons contre toute forme de xénophobie et de discrimination. Demandons l’attention de notre société envers les plus vulnérables: les femmes, l’enfant à naître et la personne en fin de vie. Militons pour que l’humanité devienne gardienne de la Création, et non plus destructrice des ressources et du vivant. Dans une perspective intégrale de l’écologie, devenons prophètes d’humanité, du développement de chaque homme et de tout l’Homme».

À la fin de son discours, un échange de présents a eu lieu qui fut une surprise réciproque. Mgr Marceau a remis la médaille d’honneur du diocèse à M. Maurice Niddam «en reconnaissance de [son] engagement constant en faveur des relations judéo-chrétiennes.» L’évêque de Nice a ensuite reçu de Maurice Niddam la représentation d’une Menorah, le chandelier à sept branches des Hébreux, gravée dans du verre.

Pour des raisons de sécurité et de crise sanitaire, cette rencontre s’est déroulée en présence d’une centaine de personnes, dans la grande synagogue de Nice qui fête cette année ses 140 ans. Mme Martine Ouaknine, conseillère municipale, métropolitaine et départementale, déléguée du maire de Nice au devoir de mémoire et à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme; Mme Isabelle Visentin, déléguée aux cultes et au territoire Centre de la ville de Nice, représentaient les élus.

Étaient également présents des représentants et représentantes des institutions juives. Pour le diocèse étaient invités les pères Gil Florini et François Banvillet, doyens de Nice, les frères Charles Moïse et Yves-Marie Lequin, des diacres, des religieuses et religieux, Florence Richard, coordinatrice du pôle «Annonce de la foi», Bérénice Gerbeaux, assistante pastorale du vicaire général et une délégation d’étudiants de l’aumônerie La Bougie de Nice. «Les jeunes ont exprimé le souhait de mieux connaître la religion juive, explique Sophie Veillet-Lavallée, responsable de La Bougie. Le chanoine Philippe Asso nous a invités à cette cérémonie et nous organiserons certainement des rencontres et partages l’an prochain.» Les associations de dialogue judéo-chrétienne et judéo-musulmane étaient aussi représentées

Mélanie Raynal