Le père Sylvain Brison, prêtre du diocèse de Nice, est actuellement à Paris : directeur du séminaire des Carmes et enseignant à l’Institut Catholique de Paris. Il y a vécu ce temps de confinement pendant lequel il a partagé des méditations spirituelles. Entretien réalisé le 18 mai 2020.

Père Brison, comment avez-vous vécu ce confinement ?
De manière un peu exceptionnelle. J’ai été confiné au séminaire des Carmes, avec quatre autres prêtres et 20 séminaristes. Nous étions 25 ! Nous avons tout de même adapté notre vie communautaire aux consignes des mesures sanitaires. Mais nous avons eu la chance de prier et célébrer la messe tous les jours ensemble. Bien sûr, nous avons été inquiets au début puis avons tirer le bénéfice de cette situation en se soutenant les uns les autres. Pendant le confinement, j’ai également poursuivi mon travail et donné mes cours via Internet.

Vous nous partager aujourd’hui un recueil de méditations spirituelles, fruit de ce confinement. Présentez-nous votre démarche ?
À l’origine, c’est une démarche toute personnelle. J’ai tenu un journal pendant le confinement, ayant conscience que nous vivions un événement unique et je souhaitais en garder une trace. Puis j’ai partagé mes impressions à un moment donné sur les réseaux sociaux, ce fut l’élément déclencheur. S’en est suivie la fête de Saint Joseph. Des amis m’ont alors sollicité pour partager régulièrement mes réflexions. Je l’ai fait pour les dimanches et les fêtes. Il s’agit de courtes méditations au regard de l’actualité. Il y a aussi quelques homélies faites pour le séminaire. Cette démarche personnelle s’est constituée petit à petit pour finir par rassembler ces méditations dans un recueil, accompagnées d’œuvres d’art. Il a fallu que je fasse le lien entre une particularité qui était la mienne -prier et célébrer la messe avec des laïcs tous les jours en formant une assemblée- et ceux qui ne pouvaient pas vivre la messe. Ce recueil, aujourd’hui, permet peut-être de relire son confinement à la lumière de réflexions spirituelles.

Comment abordez-vous l’après qui se dessine ?
Pour le moment, au jour le jour. Peu de choses changent, je continue mes cours en ligne et la vie en communauté. Certes, les projets d’été sont annulés. Il faut à présent se demander qu’est-ce que cette crise a produit en nous ? On ne peut pas répondre immédiatement. Les enjeux sont profonds, il ne s’agit pas d’une simple parenthèse. Pour saisir les conséquences, il va falloir entendre chacun. Quels ont été les manques, les désirs, les soutiens… ? Personne n’était prêt pour cela. Maintenant, de quelles créativités théologiques et pastorales sommes-nous capables ? Il va falloir du temps pour le découvrir et proposer de vivre une vie chrétienne authentique dans des circonstances qui vont rester particulières. On rejoint bien Mission Azur ici : une conversion pastorale est nécessaire car nous ne pouvons plus faire pareil. L’enjeu du “déconfinement”, pour les laïcs et les prêtres, va être de s’impliquer dans de nouvelles circonstances dont personne ne peut de dire comment faire. C’est une belle aventure.

Propos recueillis par Mélanie Raynal