« Et ne nous laisse pas entrer en tentation »

En commençant l’année liturgique B 2017-2018, le 1er Dimanche de l’Avent 3 décembre, nous allons inaugurer une nouvelle manière de prier ensemble le Pater Noster ou Notre Père en langue française. En effet, la phrase « Et ne nous soumets pas à la tentation » sera dite autrement. Si, depuis des siècles, le texte latin n’a pas subi de transformation : « Et ne nos inducas in tentationem », le texte français a eu quelques variantes. Ceci dans un double souci de l’Église : le premier, pour que le texte colle le mieux possible au texte original grec ; le second, pour que le texte soit aisé dans la prière commune ou personnelle. Il en va de même pour les autres prières liturgiques.
Article proposé par l’abbé Jean-Paul Filippi, Délégué diocésain à la PLS

 

Le Notre Père est de première importance parce que c’est l’Oraison Dominicale comme on l’appelait parfois, c’est-à-dire la Prière du Seigneur. C’est Jésus lui-même qui l’apprend à la demande de ses Disciples : « Seigneur, apprends-nous à prier » dans la version de saint Luc (cf. Lc 11, 1). C’est la version de saint Matthieu qui sera retenue par les premiers chrétiens pour la prière liturgique (cf. Mt 6, 9-13) et qui est celle que nous connaissons.

Dès la fin du concile Vatican II, en 1966, est promulguée une version française du Pater Noster pour la liturgie ainsi qu’une mélodie officielle pour la grand-messe. Le texte est adopté aussi par les chrétiens des autres confessions. C’est pour cela que l’on parle de version œcuménique du Notre Père. Cette version remplace « Et ne nous laisse(z) pas succomber à la tentation » par « Et ne soumets pas à la tentation ». Lorsque paraît le nouveau Missel Romain de 1970, ce texte y est inscrit avec la mélodie pour le chant. La prière du prêtre « Délivre-nous de tout mal, Seigneur… » qui suit, déjà existante après le concile, est remaniée pour prendre la forme que l’on connaît ; celle-ci se termine par une acclamation de l’assemblée seule : « Car c’est à toi… » sans le « amen ».

Cela fait donc une cinquantaine d’années que nous disons ou chantons le Notre Père en français de cette manière. Mais la traduction actuelle du « Et ne nos inducas in tentationem », même si elle n’est pas mauvaise en soi, a toujours été controversée. Et pour cause, « Et ne nous soumets pas à la tentation » peut être mal interprété et faire penser que c’est Dieu qui tente. Or, Dieu est Amour et ne nous tente jamais ; encore moins ne nous soumet à toute tentation. Saint Jacques le dit très clairement dans son épître : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : “Ma tentation vient de Dieu’’. Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne » (cf. Jc 1, 13). La tentation vient du Tentateur, l’Adversaire ou Diable. Jésus lui-même, en tant qu’homme, en fait l’expérience (cf. Mt 4, 1-11). Il s’agit donc pour nous, à l’image de Jésus, non seulement de ne pas succomber à la tentation qui mène au péché ; mais également de ne pas entrer en tentation, de nous en éloigner. D’où la demande à Dieu le Père de ne pas nous « laisser entrer en tentation » selon la nouvelle version du Pater. Si cette traduction, comme la précédente, n’est pas parfaite, elle est la plus proche du texte grec primitif. C’est en tout cas la traduction que théologiens, biblistes, liturgistes, poètes et autres ont retenu pour la mettre dans la bouche de tous les fidèles à partir du 3 décembre prochain dans toutes célébrations liturgiques, à commencer par l’eucharistie, comme dans toutes autres célébrations non liturgiques ou prière communautaire. Une nouvelle version du Notre Père accueillie favorablement par les autres confessions chrétiennes.

Chanter le Notre Père

Quant au chant du Notre Père, un problème devait survenir. En effet, nombreuses sont les compositions musicales, pas toujours heureuses. Il faut donc légèrement réécrire les mélodies ou bien opter pour des compositions récentes (exemples : AL 70-39 d’Yves Lafargue ou AL 70-40 de Thomas Ospital). En attendant, la mélodie officielle du missel romain en français est déjà prête. Ce sera aussi l’occasion de la redécouvrir ou de la découvrir pour que tous les fidèles connaissent par cœur cette mélodie autant que les versions de Nicolae Rimsky-Korsakov (AL 82bis) ou de Xavier Darasse (AL 109-2) parmi les plus connues qui seront elles-mêmes réécrites. Il est très important que tous, grands et petits, sachions chanter le Notre Père sur une même mélodie aussi simple que la mélodie grégorienne. Surtout, pas de réécritures personnelles pour ne pas briser l’unité francophone.

Et la Doxologie « Car c’est à toi… » ?

Doxologie : Littéralement « parole de gloire » ; la doxologie est une louange adressée à Dieu dans laquelle nous lui rendons gloire.

C’est l’occasion aussi de dire quelques mots sur cette fameuse doxologie qui ne fait pas l’unanimité dans les pays francophones. Dans les années 70-80, surtout après la traduction française du nouveau Missel Romain de 1970 qui incluait pour la première fois la doxologie « Car c’est à toi… », on en est venu à la dire ou à la chanter dans la prière commune ; jusqu’à parfois, à la messe, supprimer la prière du prêtre seul appelée embolisme (prière intercalaire qui développe un mot ou une phrase de la liturgie, comme la prière à la messe entre le Notre Père et sa doxologie) développant la dernière demande du Pater : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur… ». Ceci dans un souci œcuménique, disaient certains.

Il est vrai que, dans la tradition protestante, on a très vite lié cette doxologie à l’oraison dominicale avec un amen conclusif. Déjà, il convient de toujours distinguer prière personnelle et prière communautaire. Cela se vérifie lorsque des personnes très âgées disent le Pater selon la version française d’avant les années 60 qui vouvoyait le Seigneur et qui disait notamment : « Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Mais dans la prière commune, tout le monde doit dire la version officielle. Encore plus faut-il distinguer la prière commune plus libre, lors d’une veillée, d’un rassemblement ou d’une réunion, et la prière liturgique qui demande la fidélité aux normes. Une célébration liturgique est en effet la célébration de toute l’Église et pas d’un groupe particulier.

La tradition liturgique catholique s’en est toujours tenue aux seules paroles transmises par le Seigneur Jésus. La doxologie ne se trouve pas dans l’Évangile grec, sauf traduction tardive où l’on a inséré cette louange de gloire parce qu’elle était habituelle dans la prière commune. On en trouve trace dans ce livre de la fin du Ier/début IIe siècle appelé Didachè (enseignement, doctrine ; ici attribué aux douze Apôtres de Jésus) ou Enseignement des Douze Apôtres (cf. 8, 1-3) qui invite à prier ainsi trois fois par jour. Cette doxologie a disparu ensuite laissant la place à la prière stricte transmise par Jésus. Les chrétiens issus de la Réforme protestante, ayant pris, au XVIe siècle, la version grecque tardive, ont gardé la doxologie comme conclusion du Notre Père en y ajoutant l’amen final.

Or, dans la liturgie eucharistique catholique, selon la forme ordinaire du Missel Romain de 2002, et cela depuis la première édition en 1970, c’est la seule doxologie où l’amen final est absent. Le texte français dit : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ». On ne dit pas « amen » pour manifester ici que « l’avènement de Jésus Christ notre Seigneur » dans la gloire n’est pas encore arrivé et que nous attendons de voir se réaliser « la bienheureuse espérance ». Il en est de même dans la Liturgie des Heures ou Office Divin français puisque le Notre Père dit ou chanté aux offices majeurs de la journée (laudes et vêpres) est suivi de l’oraison du jour (oraison collecte) qui prolonge la prière à Dieu le Père et la conclu.

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À la messe, la doxologie est une acclamation-réponse de l’assemblée (et non du prêtre) tout comme l’anamnèse (mémorial ; dans l’Anamnèse, l’assemblée fait mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus à qui elle s’adresse directement dans l’attente de sa venue dans la gloire). Elle peut être chantée fréquemment comme toutes les autres acclamations. Dans le missel romain, il y a une mélodie officielle à découvrir ou redécouvrir elle-aussi avec le même texte dit autrement : « À toi, le règne… ». L’occasion est donnée aussi de télécharger la version de Rimsky-Korsakov (toujours sur le site) pour qu’elle fasse l’unité dans toutes les communautés et pour les célébrations diocésaines.

Notre Père

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Notre Père

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Notre Père

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2017-11-14T16:15:58+00:00
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