Pastorale du tourisme

À l’occasion de la saison estivale, le site Internet national de l’Église catholique en France apporte un éclairage sur la Pastorale des réalités du tourisme et des loisirs. Dans ce dossier intéressant, nous retrouvons une interview du père Père Frédéric Sangès, responsable de cette pastorale pour le diocèse de Nice.

Nessia, l’application pour (re)découvrir le patrimoine religieux

L’abbé Frédéric Sangès est responsable de la Pastorale du tourisme et des loisirs dans le diocèse de Nice et aumônier des aéroports Nice-Côte d’Azur. Rencontre avec celui qui a redynamisé la Pastorale du tourisme et des loisirs à Nice et ses alentours ainsi que le compte Instagram Sacrée Riviera.

Quel est votre parcours ? 

Père Frédéric Sangès

Après une licence en économie du Tourisme, à Assise en Italie, je suis arrivé à Nice pour travailler au sein de l’hôtellerie de luxe. J’ai ainsi été pendant un an, Room Sales Manager (responsable commercial sur le marché allemand) des hôtels 4* de la place Massena. Je logeais à proximité du foyer vocationnel du diocèse. C’est ainsi posée à moi la question plus fondamentale de voir comment on peut accueillir l’autre sans avoir besoin de se soucier des aspects de rentabilité. J’ai donc intégré l’année suivante (2001) le séminaire diocésain. A la fin du parcours habituel, j’ai passé un Master en Liturgie à l’ISL (L’Institut Supérieur de Liturgie). Ordonné prêtre en 2008, j’ai été en paroisse, vicaire et responsable de la pastorale des jeunes.

Quand avez-vous pris vos fonctions au sein de la Pastorale des réalités et du tourisme ?

En 2017 l’évêque a souhaité redynamiser la pastorale du Tourisme dans le diocèse, qui était petit à petit tombée dans une routine sans réellement faire de propositions intéressantes. Il m’a demandé de récupérer le poste à mi-temps tout en restant en paroisse à Grasse. Vu les enjeux et les idées qui naissaient, en septembre 2018 il a choisi de me nommer responsable à temps plein de cette pastorale. En effet, nous sommes le deuxième département après Paris, à avoir le plus de touristes. Autrement dit, 70% des gens qui vivent sur la Côte d’Azur participent à l’activité économique du tourisme.

Quel était l’objectif initial de cette application touristique et pastorale ? Comment a-t-elle été pensée ? 

nice-2209823_1920L’objectif de la Pastorale des réalités du tourisme et des loisirs (PRTL) est d’aller à la rencontre des touristes et des locaux (pour les inciter à explorer leur diocèse), ainsi que tous ceux qui participent au développement du tourisme dans la région (pour qui il est difficile de faire coïncider vie professionnelle et vie paroissiale).

Comment avez-vous eu l’idée de ce projet ?

Quelques mois à peine après ma nomination, en discutant avec des étudiants sur la manière d’évangéliser, l’idée d’une application a surgi. C’est notamment un jeune étudiant en communication à qui la nécessité d’une application paraissait être une évidence. Comment répondre au manque de personnes présentes pour accueillir les touristes dans les églises ? Comment s’adresser à un public des plus variés ? Comment donner envie aux touristes et aux locaux de découvrir le patrimoine catholique du diocèse ? Et surtout comment répondre au besoin compulsif d’immédiateté de notre société ? Voilà quelques questions qui ont motivé le développement de Nessia.

Que signifie Nessia ? À qui cette application est-elle destinée ?

NessiaNous n’avons pas souhaité appeler l’application du nom du diocèse, ni lui donner une connotation strictement catholique. Le but étant de toucher le plus grand nombre de personnes, on a veillé à lui donner un aspect international et neutre. En ce qui concerne le choix de l’appellation, après avoir épuisé le domaine latin et grec, nous avons cherché dans l’Ancien Testament. Nessia peut se traduire par « voyage » en hébreu. D’ailleurs le but de l’application est justement de faire voyager les touristes et les paroissiens à l’intérieur du diocèse. Pour le touriste qui arrive dans le département, il s’agit de proposer un outil de découverte du patrimoine religieux. Pour le paroissien, nous avons accentué la communication sur la notion d’unité diocésaine, de manière à ce qu’ils s’ouvrent à d’autres réalités paroissiales.

Que retrouve-ton sur cette application ? Des cartographie, des photos et des prières ?

Nous vivons dans une société qui lit de moins en moins. Nessia est donc essentiellement une application visuelle. On propose immédiatement une carte du diocèse et les églises qui la composent en nous basant sur l’annuaire diocésain. Après avoir sélectionné l’église, une fiche d’identité vous est proposée, avec des photos, l’adresse exacte, et une explication succincte. Le but est de susciter l’envie d’en découvrir plus sur le bâtiment. Les fiches d’explication proposent des données historiques, des détails, les horaires d’ouverture ainsi que les contacts pour visiter l’église le cas échéant. On y a ajouté ensuite les horaires des messes et les sites internet des paroisses ou communautés religieuses et monastiques.

La création de Nessia a permis de mettre à jour le répertoire photographique HD des églises et l’Art Sacré qu’elles contiennent. Par la même occasion nous avons localisé grâce au GPS chaque bâtiment. Certaines églises étaient mal indiquées, ou n’étaient pas répertoriées par une adresse.

En partant de ce nouveau contenu, nous proposons des parcours thématiques. Ainsi, le touriste peut approfondir un thème et découvrir un aspect de la foi qui l’intéresse en visitant plusieurs églises au rythme qu’il souhaite. À ce jour, nous proposons le parcours des Bréa (école de peinture du XVe s.), des exvotos, des crèches, des églises de pêcheurs. D’autres parcours sont à l’étude, comme celui proposé pour les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Les parcours ont été pensés pour remettre en valeur surtout le patrimoine du haut pays, qui est moins connu et tout autant intéressant que celui de la côte. Par ailleurs, le contact avec la nature, la relation au temps et la tranquillité sont plus favorables à un chemin spirituel dans le haut pays, où tout est plus calme.

Nessia permet aussi d’avoir accès aux lectures de la messe du jour, un système automatique propose les lectures de la semaine et on peut sélectionner les lectures de notre choix. Pour promouvoir les pèlerinages, nous proposons aussi la description des voyages organisés par le service des pèlerinages. Un lien redirige vers l’inscription en ligne sur le site internet dédié. Afin de donner l’habitude aux prêtres d’utiliser l’application nous avons inséré l’annuaire diocésain. Celui-ci permet aussi aux laïcs de prendre contact avec les curés des paroisses, les chefs de services diocésains ou les aumôniers d’hôpitaux en cas d’urgence.

Les évènements organisés par les paroisses ou le diocèse, comme peuvent l’être des concerts dans des églises, les journées diocésaines de la jeunesse, ou des conférences sur un thème religieux, sont accessibles sur Nessia. Cela aussi permet de promouvoir le tourisme culturel à l’intérieur du diocèse. D’autres propositions sont en cours de développement. Nous évaluons par exemple la création de parcours inter-diocésains, de parcours impliquant d’autres secteurs liés au voyage : sanctuaires, abbayes, hôtels, restaurants, lieux touristiques. Nessia pourrait ainsi être utilisé en amont d’un voyage et être un outil d’inspiration à destination des voyageurs.

Vous avez lancé l’application Nessia il y a un an lors des Journées du patrimoine. Quel bilan tirez-vous ? (Nombre d’abonnés, nombre d’églises recensées)

L’application est appréciée par les touristes, notamment ceux qui n’avaient pas l’habitude d’entrer dans les églises. Nous avons été agréablement surpris du bon accueil fait par les offices de tourisme, par les influenceurs, de manière générale, par les non-pratiquants (voir les non-croyants). D’ailleurs ces derniers portent le plus d’intérêt à l’application, qui l’utilisent et qui finalement en font la promotion.

Quelles difficultés/obstacles rencontrez-vous cette année ?

D’un autre côté, le paroissien habituel s’est moins intéressé au projet. Le regret de la PRTL, est que les prêtres n’ont pas joué le jeu à fond, ni saisi le potentiel de l’application. On reste néanmoins confiant, ça viendra avec le temps, ce sont des habitudes à prendre et le jour où les prêtres auront accepté qu’une application peut aider à l’évangélisation, ils en feront la promotion plus facilement.

Souhaitez-vous faire évoluer l’application ? Votre application va-t-elle faire des émules dans d’autres diocèses ?

Nessia est en cours de développement dans d’autres diocèses. Afin de créer lesdits parcours inter-diocésains, de permettre aux touristes d’anticiper un séjour dans un département, d’autres diocèses ont choisi de se munir de cet outil d’évangélisation. A terme, nous espérons que le plus grand nombre de diocèses soit muni de cette même application. Ceci permettra plus d’échanges, une plus grande proximité et favorisera autrement l’unité de l’Église.

Sur Instagram

Quelle est votre ligne éditoriale ? Instagram est-il complémentaire de l’application Nessia ?

Nice-sacrerivieraLes moyens de communication évoluent et l’Église doit se prêter au jeu si elle souhaite maintenir ses liens avec la société. Bien sûr, ce n’est pas la seule manière d’y parvenir… c’en est une nouvelle ! Lancer un Instagram nous semblait d’autant plus logique que l’utilisation des réseaux sociaux est indispensable pour les acteurs du tourisme (et plus particulièrement sur la Côte d’Azur). Instagram est tout aussi complémentaire que n’importe quel autre média. Dans un premier temps, c’était certainement l’outil le plus proche de nos objectifs (moderniser, digitaliser et viraliser) La ligne éditoriale repose sur deux volets majeurs : la promotion des activités touristiques des Alpes Maritimes et la découverte des richesses de notre patrimoine diocésain. On partage les moments phares qui font la réputation du département, mais également ce que nous vivons au quotidien, en tant que membre de la PRTL et catholique du diocèse de Nice. Sacrée Riviera c’est comme une grande sœur : c’est celle qui vous fait découvrir plein de choses sur les alentours et qui en même temps, arrive à vous faire décrocher un sourire. Nous avons décidé d’adopter un ton léger et décontracté : nous ne sommes pas là uniquement pour enseigner, nous sommes avant tout présent sur Instagram pour donner envie. À travers ce compte, on se permet d’interagir au maximum avec notre communauté : jeu concours, rencontres et événements, sondages, etc.

Vos followers sont-ils tous des influenceurs ?

sacreaperoNon, loin de là (si seulement…) ! Le compte est suivi par de nombreuses personnes, dont des influenceurs, des instances officielles (CRT – Métropoles – Mairies – Offices de Tourisme – Représentants politiques), des établissements touristiques (boutiques – hôtels – restaurants), des paroissiens, des communautés, des locaux aussi bien que des touristes, et même des personnes non-catholiques. Tout le monde se retrouve dans Sacrée Riviera : il y en a pour tous les goûts. Récemment, nous avons organisé notre premier #SacréApéro ; l’objectif était de proposer un événement convivial autour de la visite d’une église pour rencontrer cette communauté et réunir en un seul lieu une diversité de profils.

 Qui alimente le compte de photos ?

Les photos publiées sont majoritairement celles que nous avons prises lors de nos déplacements pour constituer la base de données de l’application Nessia. D’autres photos sont envoyées par des prêtres ou des bénévoles. Il reste une minorité de photos, qui elles, sont celles d’auteurs crédités (voire même de photographes) qui nous ont plu et viennent délivrer un message différent et plus original.

2019-08-02T15:33:13+02:00
lectus ipsum dictum massa amet, vel, justo mattis