Réveillon solidaire à St Honorat. Quel passage !

Terminer l’année en beauté, vivre au mieux ce passage d’une année à l’autre. Un réveillon original ! Entrer dans la nouvelle année en étant solidaires et fraternels. Priorité était donnée à des personnes pour qui réveillon et changement d’année peuvent être un moment difficile : migrants, personnes seules ou en précarité…

Amitié-Lérins-Fondacio a organisé ce réveillon solidaire, invitant les membres du réseau Welcome et d’autres personnes à venir accompagnés d’un ou de plusieurs accueillis. Au total, 36 participants dont 3 personnes seules et 19 migrants.

Nous nous retrouvons le dimanche 31 à la navette de 10h pour une traversée rapide vers cette belle aventure. Attribution des lits dans la maison Saint Salvien, lieu d’accueil du partenariat Amitié Lérins Fondacio. Les moines nous invitent ensuite à l’apéritif. Toute la communauté est présente, accueillant fraternellement leurs hôtes ; belle occasion de faire connaissance avec ces hommes heureux qui travaillent la vigne et font monter vers Dieu la prière du monde. Un superbe couscous marocain nous régale alors comme des rois, déjeuné au soleil autour des longues tables disposées sur la terrasse.

Après la visite guidée de l’île, suivie avec tellement d’attention et d’intensité par nos hôtes, Jean-Philippe Dépernet nous place par tables de six, nous invitant à nous remémorer un événement personnel marquant de l’année, à nous dire les pas que nous sommes prêts à faire. Des échanges profonds, respectueux, pleins de vérité et d’émotion. Puis chacun est invité à préparer une intention qui sera portée le lendemain à la messe pendant la procession des offrandes.

La soirée est des plus joyeuses, les auteurs des plats des différents pays vivement applaudis, les chants repris par tous, les danseuses orientales invitent au voyage. Au final, la musique bretonne nous entraîne tous en farandole et à égalité de langue, personne ne comprend rien aux paroles et le rythme fait le reste…

« Oh la belle bleue ! » « Oh la belle rouge ! ». À minuit, le feu d’artifice de Cannes inaugure l’année nouvelle. Quelques gouttes ont fait craindre une annulation et il fait étonnamment doux. De plusieurs points de la côte les fusées balisent les lieux de fête, devant nous les gerbes colorées et les ors ruisselants rivalisent de splendeur. Nous sommes trente-six à nous émerveiller en bord de côte, à profiter des miettes du festin comme les passagers clandestins d’un yacht somptueux. Le bouquet final donne le signal du retour vers Saint Salvien, la demeure de nos hôtes. Dans la grande salle, chacun est invité à exprimer ses vœux les plus chers. Temps grave, temps de vérité. Puis poursuite de la fête : verre de champagne ou jus de fruit, gâteau ou friandise apportés par chacun d’entre nous !

Lundi 1er janvier. En ce premier matin de l’année, plusieurs se sont levés tôt pour accueillir le soleil. Le mistral est là, le ciel devient vif azur, la mer d’un bleu profond aux crêtes blanches. Après le petit déjeuner et le rangement de la maison, la messe mariale nous réunit au monastère. La première lecture reprend l’antique bénédiction : « Que le Seigneur fasse briller sur toi Son visage… Qu’il t’apporte la Paix ». Vient la procession des offrandes. Nos accueillis iraniens avancent lentement vers l’autel, portant les intentions de chacun. Accompagnés par la musique diffusée d’un portable, ils chantent en parsi un poème traditionnel adopté par les chrétiens de leur pays : « Sultane ghalbam to hasti (Tu es le roi de mon cœur) »

Mise en commun en cercle de parole. Fouettés par le vent, nous revenons à Saint Salvien en évitant les flaques d’eau. Dans la salle, un temps de prière introduit un moment de partage très touchant: « Ouvre nos yeux pour Te rencontrer en nos frères et sœurs […] témoins d’un avenir à construire ensemble en humanité ». Assis en cercle, c’est le début d’un florilège : « Merci à Welcome, aux organisateurs qui ne cessent de nous accueillir à bras ouverts » – « On est tous des humains » – «  Toute personne est une histoire sacrée » – « Ensemble, on est plus solides » – « Mon bonheur est d’augmenter le bonheur des autres » – «  Ma maison sera appelée maison de tous les peuples » – « Touchée par la souffrance, touchée par les sourires partagés » – « Beaucoup d’espoir pour l’avenir » – «  En entendant chanter les réfugiés apportant nos intentions, l’émotion m’a envahi. J’ai dû m’asseoir et mettre ma tête entre mes mains. Deux larmes ont coulé. Goût de sel de la Méditerranée où beaucoup périssent » – « Scandale de ces jeunes qui doivent dormir dans la rue. Dire à nos paroissiens : ouvrez-vos cœurs, ouvrez vos maisons, vous ne le regretterez pas ! » – « C’est peut-être ce qu’on appelle le paradis… l’amour… tout ça » – « On s’est donnés de l’amour. Merci à Dieu, merci à tous ».

Philippe Collet, responsable de la Pastorale des Migrants pour le diocèse de Nice, peut conclure : « Que cette fraternité se manifeste aujourd’hui et demain. La Pastorale des migrants est une étape dans votre histoire. Que chacun soit dans la gratuité. Chacun de nous est une grâce ».

Marche de la Paix. Le mistral n’ayant pas faibli, un retard d’une heure est annoncé ; le repas prévu sur le pouce peut donc se prolonger. Frère Cyprien se joint à nous à l’embarquement, faisant le lien entre l’hospitalité des moines et celle des moniales. Car ce n’est pas fini : au parking de Cannes les voitures nous attendent pour nous conduire tous à Castagniers !

Depuis le concile, les papes adressent au monde un message pour la Journée mondiale de la paix, et depuis plusieurs décennies les bretons du Morbihan et du Finistère sont invités par Pax Christi à une Marche de la Paix, de Ste Anne d’Auray vers l’abbaye de Landévennec. En lien avec eux, la petite équipe de Nice proposait cette année aux habitants de notre diocèse la même démarche. Ils étaient vingt cinq à être partis à l’heure de l’église du village, et ils commençaient donc à savourer le chocolat chaud et les brioches préparées par les moniales de l’Abbaye Notre-Dame de la Paix lorsque nous avons commencé le chemin. Des extraits du message du pape François sont distribués. « Les migrants et les réfugiés : des hommes et des femmes en quête de paix », on ne pouvait trouver meilleur thème pour méditer en marchant en silence ! Arrivée prévue devant la statue de la Vierge, avec à ses pieds la lumière de Bethléem. Joie ensuite de rompre le silence avec les premiers marcheurs, de nous souhaiter une bonne année en Paix, de savourer la collation à notre tour, mère abbesse ayant l’obligeance de retarder les vêpres. Nous pouvons alors nous abandonner à l’action de grâce, remerciant le Seigneur d’avoir rendu tangible le Royaume.

 Mais à quel prix ! En admirant le feu d’artifice nous n’étions pas les passagers clandestins d’un yacht somptueux. N’étions nous pas plutôt sur l’Aquarius ? Hagard, un rescapé criait : « mort vivant ! »

Michel Lafouasse

2018-01-18T11:39:20+00:00
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