Histoire du diocèse 2017-10-11T08:56:13+00:00

Bref historique d’un territoire entre France et États de Savoie

De nos jours, le diocèse de Nice correspond aux limites géographiques du département des Alpes-Maritimes, à l’exception de l’archipel lérinien. Ce territoire diocésain, riche de son passé multiséculaire, est le résultat de nombreux remaniements liés à l’histoire politique et religieuse de la France et des États de la Maison de Savoie. Écrire son histoire, c’est retracer les aléas frontaliers et les changements de souveraineté du comté de Nice en intégrant l’héritage culturel des diocèses d’Ancien Régime (Antibes-Grasse, Vence et Glandève) ainsi que des actuels diocèses de Vintimille et Monaco dont les territoires ont durablement marqué les hommes et les mentalités.

Les diocèses d’Ancien Régime en 1760.
JM Sivirine, 2015.

Des origines à la Révolution française
La christianisation du diocèse de Nice est attestée dès le IVe siècle par la coexistence de communautés chrétiennes structurées, l’une sur l’acropole de Nice (actuelle colline du château) et l’autre dans l’ancienne cité romaine de Cimiez (Cemenelum).
La présence du diacre Innocentius, ex portu Nicaensi, lors du concile d’Arles en 314, et celle de l’évêque Amantius, au concile d’Aquilée en 381, apparaissent comme les premières mentions de l’Église de Nice. À l’intérieur des terres, l’évêché de Cimiez semble se constituer quelques années plus tard sous l’épiscopat de Valérien (439-455). Appartenant à une famille de la noblesse gallo-romaine, saint Valérien est connu grâce à un ensemble de vingt homélies. De plus, l’archéologie a permis de mettre à jour un groupe épiscopal comprenant une basilique, un baptistère, des thermes et la demeure de l’évêque. C’est vers la fin de l’épiscopat de Valérien que les évêchés de Nice et de Cimiez sont unis par décision pontificale. Seul le diocèse de Nice est maintenu autour du site défensif de la colline du château, seul lieu adapté pour résister aux invasions que va connaître le pays niçois au cours du Moyen Âge.
Les fouilles archéologiques nous permettent aujourd’hui d’identifier clairement les fortifications médiévales de la ville haute ainsi que la première cathédrale de Nice, établie sous le vocable de Sainte-Marie. Ce n’est qu’à la fin du XVI e siècle, alors que le développement urbain de Nice se concentre au pied de la colline du château, qu’une nouvelle cathédrale est construite sur l’emplacement d’une ancienne chapelle dédiée à sainte Réparate. Placée sous ce même vocable, la cathédrale est consacrée le 3 mai 1699.
À l’époque moderne, le diocèse de Nice comprend à peine les deux tiers du Comté soit un territoire ayant pour frontière orientale les territoires de Monaco et de la Turbie puis, en montant vers le nord, les paroisses de l’Escarène et de Lucéram, les vallées de la Vésubie, de la Tinée ainsi que la basse vallée du Var. Il reste suffragant de la métropole d’Embrun jusqu’en 1792.

Nice française (1792) et le Concordat (1801)
L’entrée des troupes révolutionnaires dans le comté de Nice en septembre 1792 marque un nouveau changement de souveraineté. Nice devenant française, le diocèse entre dans le giron de l’Église de France. Pour mettre fin à la crise religieuse ouverte par la Révolution, cette dernière se réorganise en 1801 dans le cadre du concordat établi de façon bilatérale entre Bonaparte et Pie VII. La carte des diocèses français est redessinée par une nouvelle répartition des circonscriptions ecclésiastiques. De nombreux évêchés du sud-est sont supprimés (Grasse, Vence, Senez, Fréjus et Glandève) au profit de la métropole aixoise et de Nice. Le diocèse est notablement agrandi à l’ouest d’une quarantaine de paroisses de l’ancien diocèse de Glandève et, à l’est, aux dépens du diocèse de Vintimille, des paroisses de la rive droite de la Taggia ainsi que les territoires de Menton et Roquebrune. Les anciens diocèses de Grasse et de Vence sont rattachés à l’archidiocèse d’Aix jusqu’en 1823, date du rétablissement du diocèse de Fréjus. La disparition de la métropole d’Embrun rattache Nice à l’archevêché d’Aix jusqu’en 1814.

Restauration sarde (1814)
L’abdication de Napoléon et la chute du Premier Empire permettent le retour du comté de Nice dans le giron de la Maison de Savoie en mai 1814. L’administration piémontaise réorganise alors la division de Nice (comprenant les provinces de Nice, San Remo et Oneille) en intégrant les anciens cantons de Perinaldo et de Pigna à la province d’Oneille. Cette restructuration transfère les paroisses correspondantes sous la juridiction de l’évêque de Vintimille. Séparé de la France, le diocèse devient suffragant de la métropole génoise. En 1831, pour des raisons de commodité pastorale, le diocèse de Vintimille absorbe les paroisses de la vallée de la Nervia par décret de Grégoire XVI.

Annexion du comté de Nice à la France (1860)
L’aide apportée par Napoléon III à Victor-Emmanuel II dans le processus de l’unité italienne a pour monnaie d’échange les provinces historiques de Nice et de la Savoie. L’entrée de ces territoires redessine une nouvelle fois la frontière entre la France et le Piémont ainsi que les limites du département des Alpes-Maritimes. Le comté de Nice étant trop petit pour constituer un département à part entière, le Second Empire lui adjoint un arrondissement du Var, celui de Grasse, pour former la nouvelle entité administrative. En mars 1861, la nouvelle frontière entre les deux états est établie en laissant du coté piémontais les communes de Tende et La Brigue ainsi que les parties septentrionales des vallées de la Tinée, de la Vésubie et du Val de Blore. C’est à partir de cette frontière politique et administrative que les limites diocésaines sont mises en conformité :
Du côté nord-oriental, le Saint-Siège détache du diocèse de Nice les paroisses restées en Piémont (La Brigue, Morignole, Realdo, Carlino, Fraggia, Upega, Tende, Granile, Mollières, Bouseyas et le Prat) et les incorpore aux diocèses de Cuneo et de Vintimille. Or, Bouseyas et du Prat sont détachées par erreur alors qu’elles sont situées dans le département des Alpes-Maritimes. Il faut attendre le rectificatif romain de 1863 pour que les limites du diocèse de Nice correspondent avec la frontière séparant la France de l’Italie naissante.
Du coté occidental, le pays grassois, fraichement intégré aux Alpes-Maritimes, reste sous la juridiction religieuse de Fréjus-Toulon. Le territoire départemental des Alpes-Maritimes se retrouve à cheval sur deux diocèses ; le fleuve Var devenant une “frontière religieuse” après avoir été une frontière politique et administrative. Cette situation, pour le moins originale, va exister jusqu’en 1886.

Rattachement ecclésiastique de l’arrondissement de Grasse (1886)
Profitant d’une vacance du siège épiscopal de Fréjus-Toulon, le Saint-Siège détache l’arrondissement de Grasse de son diocèse d’origine pour l’agréger à celui de Nice. Rome régularise également le territoire mentonnais de Garavan qui, bien que français depuis 1860, était resté rattaché à Vintimille sur le plan ecclésiastique. Depuis cette date, les limites du diocèse coïncident avec celles du département des Alpes-Maritimes, à l’exception des îles de Lérins.

Rattachement de la haute vallée de la Roya (1947)
Le traité de Paris du 10 février 1947 sanctionnant les vaincus de la Seconde Guerre mondiale ampute à l’Italie les territoires de Tende et La Brigue au profit de la France. Les paroisses afférentes (Tende, La Brigue, Piene et Libre) sont alors détachées du diocèse de Vintimille et Mollières du diocèse de Cuneo pour entrer dans le diocèse de Nice. Le sanctuaire Notre-Dame des Fenestres, faisant partie depuis 1860 du territoire italien d’Entraque mais placé sous la juridiction religieuse de la paroisse de Saint-Martin de Lantosque, retourne également à la France.

Antibes (Antipolitaniensis)
Constitué au début du Ve siècle, le diocèse d’Antibes est successivement suffragant d’Arles, Aix et Embrun à partir du XI e siècle. L’importance du conflit entre l’évêque et la ville d’Antibes se traduit par un transfert du siège épiscopal à Grasse en 1244.

Grasse (Grassensis)
Par une bulle du 19 juillet 1244, le pape Innocent IV transfère le siège épiscopal d’Antibes à Grasse. L’église paroissiale est ainsi érigée en cathédrale. À la suite du concordat de 1801, le diocèse n’est pas rétabli. Le pape Pie VII supprime le siège épiscopal et incorpore le diocèse à l’archidiocèse d’Aix. En 1823, le territoire de l’ancien diocèse de Grasse est incorporé à celui de Fréjus puis, en 1886, à celui de Nice.

Dans la Vésubie, une procession à Notre-Dame des Fenestres (le 5 septembre 1915).

Glandève (Glandatensis)
Fondé vers le VIe siècle, le siège épiscopal est établi sur la rive droite du Var sur les vestiges d’une cité romaine (Glannativa ou Glandatensium). À partir du Xe siècle, la cité de Glandève, trop exposée aux invasions sarrasines, perd son importance au profit d’Entrevaux, située à 2 km sur un site défensif. Le diocèse comprendra au XVIe siècle près d’une cinquantaine de paroisses. Le traité de Turin de 1760 établissant une nouvelle délimitation de la frontière entre la Provence et le comté de Nice a pour conséquence le partage du diocèse en deux parties, l’une dans le giron de la France et l’autre sous la juridiction du royaume de Piémont-Sardaigne.

Fréjus (Forojuliensis) – Lérins
Fondé selon toute vraisemblance au début du IV e siècle, le diocèse de Fréjus est suffragant d’Arles puis d’Aix. Sous l’Ancien Régime, quatre paroisses à l’ouest de la Siagne faisaient partie de ce diocèse (Mandelieu, La Napoule, Escragnolles et Séranon). Supprimé lors du Concordat puis rétabli en 1823 par Pie VII, le diocèse de Fréjus correspond désormais au département du Var en englobant l’ancien diocèse de Toulon ainsi que quelques paroisses d’Aix, Senez et Riez. En 1854, l’évêque obtient de porter le double titre de Fréjus et Toulon. La résidence épiscopale et les services de la curie diocésaine sont transférés à Toulon en 1957.
Vendue aux enchères en 1791 à la suite de la sécularisation des biens, l’abbaye Saint-Honorat de Lérins est achetée par l’évêque en 1859. Dix ans plus tard, les Cisterciens de Sénanque viennent s’y installer et refondent une abbaye. L’archipel lérinien comprenant les îles de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat sont toujours sous la juridiction religieuse de l’évêque de Fréjus-Toulon. Diocèse de Fréjus Toulon Abbaye de Lérins

Monaco (Monoecensis)
Du fait de son statut d’État souverain, la principauté de Monaco constitue un cas particulier en matière ecclésiastique. Sous l’Ancien Régime, le territoire monégasque comprend trois paroisses (Monaco, Menton et Roquebrune) ; seule la ville de Monaco relève du diocèse de Nice ; Menton et Roquebrune étant sous la juridiction de l’évêque de Vintimille.
En 1802, Menton et Roquebrune sont rattachées au diocèse de Nice. L’autonomie religieuse de la principauté voit le jour en 1868 lorsque Monaco, détaché du diocèse de Nice, est érigé en abbaye nullius ayant à sa tête un abbé mitré. En 1886, l’abbaye nullius devient un évêché dépendant directement du Saint-Siège, les limites du diocèse de Monaco correspondant à la principauté. Le siège est élevé au rang d’archevêché en 1981. Diocèse de Monaco

Une vue de Tende. Au premier plan, le clocher de l’église Notre-Dame de l’Assomption. Tende fut un des derniers villages rattachés au diocèse de Nice.

Sénez (Senecensis)
Évêché créé vers la fin du IVe siècle, Sénez est uni au siècle suivant aux diocèses de Castellane et de Thorame. Il est maintenu sans interruption jusqu’à la période révolutionnaire. Supprimé en 1801, son territoire est rattaché au diocèse de Digne. Seule la paroisse de Saint-Auban dépendait de ce diocèse.

Vence (Venciensis)
Évêché créé au début du Ve siècle, son territoire est limité à l’ouest par le Loup, à l’est par le Var et au nord par le massif du Cheiron. En 1801, le diocèse est supprimé et rattaché à celui d’Aix puis à celui de Fréjus à partir de 1823. Faisant partie de l’arrondissement de Grasse, le territoire de cet ancien évêché entre dans celui de Nice en 1886.

Vintimille (Ventimiliensis)
Constitué à partir du IVe siècle, le diocèse est délimité par les vallées de la Bevera et de la Roya. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, une partie du comté de Nice est placée sous la juridiction de l’évêque de Vintimille soit les paroisses d’Apricale, Breil, La Brigue, Castellar, Dolceacqua, Gorbio, Isola Buona, Perinaldo, Pigna, Rocchetta-Nervina, Sainte Agnès, Saorge, Sospel, Moulinet et Tende. Il en est de même pour les paroisses de Menton et de Roquebrune. Il faut attendre le concordat de 1801 pour que l’ensemble de ces paroisses fassent partie du diocèse de Nice. Diocèse de Vintimille-San Remo

 

Histoire et identité d’une terre de contrastes

Plus de deux années de travail, 18 collaborations et 380 illustrations dont 21 cartes inédites ! Découvrez ICI ce magnifique ouvrage, paru en novembre 2015, retraçant l’histoire du diocèse de Nice, de la fin du IIIe siècle jusqu’à la Pentecôte 2009. Sous la direction de Gilles Bouis, archiviste et bibliothécaire diocésain.

 

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